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Lancia 037 Rosso Competition JGTC (1994)

Mis à jour : mars 12

Ce n’est pas une histoire fictive : la Lancia 037, plus connue pour ses performances en rallye à la fameuse époque du Groupe-B, a réellement foulé les circuits bien plus tard, dans le championnat japonais de GT. Une bonne idée ?




© "Kun"

A la fin de l’année 1992, la fédération automobile japonaise (JAF) décide de mettre un terme au championnat nippon de sports-prototypes (JSPC) qui connaissait un déclin sans précédent du côté des participants. C’est la fin d’un chapitre qui a débuté en 1983 avec les fameux prototypes du Groupe-C. Place à l’avenir…


Dernière année du championnat JSPC en 1992, avec les protos du Groupe-C (©xjr-14.com)

C’est ainsi que la JAF lance un nouveau championnat pour 1993: le Japan Grand Touring Car Series, ou JGTC (aujourd’hui Super-GT). La recette est simple : des voitures moins onéreuses, plus raisonnables et plus accessibles pour les équipes avec une formule inédite inspirée des voitures de tourisme, et plus précisément des Groupe-N, jugées plus proches de la production (car à cette période, les Groupe-A en tourisme devenaient trop coûteuses…).



Sur le papier, l’idée est intéressante, mais le nombre d’inscrits pour cette saison initiale est faible : Seule une Nissan Skyline GT-R (R32) du team NISMO respecte les caractéristiques du règlement JGTC, encore que celle-ci est une dérivée de la version Groupe-A. Le reste du plateau se résume à quelques Skyline GTS ou de Mazda RX7. Conséquence de tout ceci, la JAF fait appel à des voitures homologuées en IMSA GTO ou GTU (l’IMSA correspond au championnat nord-américain d’endurance). Les vieux protos Groupe-C seront mêmes de la partie lors des 1000 km de Suzuka la même année (où une Nissan R92CP s’imposera).


Avec une Skyline GT-R, Masahiko Kagayama sera le premier champion JGTC (©JAF)

Pour 1994, des changements s’opèrent : si on garde la formule des voitures de tourisme à la sauce JGTC, on introduit également les florissantes catégories GT1 et GT2 avec des voitures telles que la Ferrari F40 ou la Porsche 911 Carrera RS. La JAF va même jusqu’à accepter la participation d’une Groupe-C, et plus précisément d’une Porsche 962C du Team Taisan, évidemment lestée et bridée pour être au niveau des autres voitures de ce championnat. Si le nombre d’engagés est en hausse, l’hétérogénéité en ce qui concerne la qualité des voitures (ou des équipes), le coût progressivement élevé de ce type de véhicules et un manque de clarté dans la réglementation va inciter la JAF à créer une catégorie propre à ce championnat pour l‘horizon 1996…


La saison 1994 de JGTC, ou on trouve un peu de tout coté voitures...(©garagepitin.web.fc2.com)


Audi Quattro killer


La Lancia 037 est l’une des premières voitures de rallye à être homologuée en Groupe-B à partir de 1982. Construite dans les ateliers de Pininfarina et développée par Giampaolo Dallara pour la partie châssis ainsi qu’Aurelio Lampredi concernant le moteur, la 037 se distingue par son aspect rabaissée et agressif avec son look inspiré de la Beta Montecarlo. Mais celle-ci se caractérise également par son moteur 4-cylindres doté d’un compresseur volumétrique qui lui donnera un bruit singulier et installé en position central-arrière. Surtout, elle ne possède ni turbo, ni quatre roues motrices, éléments qui commencèrent à s’imposer dans cette décennie via l’Audi Quattro.


Avec l'aide des pilotes comme Walter Röhrl, Marku Allen ou Attilio Bettega, Lancia sera championne du monde des rallyes en 1983! (©drag-o.blogsport.com)


En fait, Lancia misait surtout sur l’accessibilité mécanique et la fiabilité de la 037 pour espérer s’imposer en rallye. Si les débuts furent décevants en raison d’une mise au point délicate, la voiture va réussir à s’imposer à pas mal de reprises au championnat mondial des rallyes ou à un échelon inférieur. Lancia sera même champion du monde des constructeurs en 1983 devant Audi ! Comme quoi il n’est pas forcément nécessaire d’avoir 4 roues motrices et un turbo pour s’y imposer, ce sera d’ailleurs la dernière fois dans l’histoire du championnat du monde des rallyes qu’une voiture à deux roues motrices sera titrée.


Les saisons suivantes seront moins glorieuses malgré les améliorations apportées à la 037, Audi dévoilera en cours d’année 1984 une version modifiée de la Quattro et surtout, Peugeot se montre avec la révolutionnaire 205 Turbo 16. En attendant, des 037 feront encore quelques sorties sous les couleurs officielles de l’équipe Lancia jusqu’en 1985 avant d’être remplacée par la Delta S4. Quant à la 037, elle continuera sa carrière en 1986 aux mains d’équipes ou de pilotes privés, avec pas mal de succès à l’échelle européenne ou locale, avant que les Groupe-B ne soient bannies à l’issue de cette saison.


Bien que vendue à des privés à partir de 1983, la 037 ne sera plus exploitée par Lancia en 1986, confiant les voitures à des clients, ici Salvador Servià au Monte-Carlo 1986 (©Buene Xente la Cuenca)



Aventure au pays du soleil levant !


Et maintenant, vous allez certainement vous dire : « Mais quel est le rapport entre le championnat japonais de GT et une voiture de rallye des années 1980 ? », tout simplement parce qu’elle a couru là-bas, pardi ! Tout ceci est dû à une équipe nommée Rosso Competition. Derrière ce nom à consonance italienne se cache une petite structure nippone certainement passionnée par les belles italiennes. L’équipe achète une 037 Evo, c’est-à-dire la dernière version de cette Lancia. Ensuite, un travail sur la carrosserie a été réalisée pour l’adapter sur les circuits, notamment sur l’avant de la 037. Les pneumatiques choisies seront des Goodyear, slick bien évidemment.


©Yoshihide Ashizawa

Notez que la voiture a la livrée Martini, comme à la grande époque du rallye. Mais attention : tout ceci n’est que purement factice, la marque de vermouth n’a jamais parrainé cette opération et ne verse donc aucun centime ! Il s’agit juste d’une livrée rétro (ou throwback comme disent les américains) en hommage à la glorieuse épopée de Lancia en rallye…


Mais à part ceci ? Rien, on garde la 037 telle qu’elle, c’est-à-dire que le moteur, la boite de vitesses, les suspensions ou d’autres éléments mécaniques sont laissés d’origine ! Certes, le 4-cylindres à compresseur volumétrique développe 325 chevaux dans sa configuration finale, mais c’est insuffisant face aux 480 ch. de la F40 ou aux 430 ch. de la Skyline GT-R. Ensuite, le plus gros problème : c’est que la 037 a uniquement été pensée pour le rallye, mais pas pour la piste, par exemple sa boite de vitesses ou son couple sont insuffisants pour lutter avec ses rivales sur une ligne droite, d’autant plus qu’elle est limitée à 210 km/h dans son ultime version. C’est peu, très peu !


Mais cela ne découragea certainement pas Rosso Competition, qui envisage de s’engager en cours de saison du championnat 1994 du JGTC. Pour cela, ils engagent comme pilote Naohiro Furuya, 27 ans et qui a comme expérience plusieurs saisons en F3000 nippon. L’aventure est en route…



Mésaventures au pays du soleil levant


14 aout 1994, troisième manche du JGTC sur le circuit rapide de Fuji. C’est les grands débuts de la Lancia 037 sur un circuit asphalté et le retour de cette voiture en compétition après huit années de sommeil. Inscrite dans la catégorie « Class 1 », soit la classe principale de ce championnat, la brave Lancia aura fort à faire avec les Nissan Skyline GT-R du team Zexel ou du Hoshino Racing. Quelques Porsche 911 Carrera RS seront également de la partie tout comme une Ferrari F40 du Team Taisan. Ce dernier fait également rouler une Porsche 962C dans la même catégorie ( !) et parmi les autres curiosités, notons la présence d’une Lamborghini Countach exploitée par Kenwolf. Voilà, on a fait le tour de la catégorie « Class 1 ». Maintenant, voyez-vous la 037 du Rosso Competition se battre avec ces voitures ?


©?

Bon, autant vous dévoiler la réponse : c’est non. Sur ce tracé rapide, la 037 est à la ramasse par rapport à ses concurrentes de sa catégorie et aux autres voitures de la « Class 2 » : vitesse de pointe enregistrée à un peu plus de 170 km/h et un chrono en qualifications signé en 1 :58 :324, ce qui la place au 21e et avant-dernière place sur la grille de départ. Elle a néanmoins réussi à se placer devant une Nissan Skyline GTS de la Class 2, très certainement parce que cette dernière a connu des soucis. A titre de comparaison, la voiture auteur du meilleur temps, la Porsche 962C du Team Taisan, a signé un temps en 1 :32 :732, et la Ferrari F40 du même team se qualifie second en 1 :35, soit plus de vingt secondes d’écart entre ces dernières et la 037 !


Pour la course, pas de miracle, Furuya ne fait rien d’autre que de se promener sur la piste, signant généralement des temps au tour plus de dix secondes plus lents que ses rivales. Au moins, la Lancia ne rencontre aucun pépin mécanique tout au long de l’épreuve. C’est ainsi que le pilote nippon franchit l’arrivée à la 11e place, à sept tours de la Porsche 962C vainqueur de la course. Pour l’histoire, 16 voitures ont vu le drapeau à damier, mais la 037 devançait certaines voitures uniquement parce que elles ont été retardées par un quelconque problème.


La 037 ne fera pas le poids face à la Skyline GT-R....(©Yohihide Ashizawa)

Ce sera la seule participation de cette voiture en JGTC.



Deux semaines plus tard, on retrouve la 037 pour les 100km de Suzuka. Cette-fois, elle est inscrite au championnat BPR, ou International Endurance GT, qui correspondait à cette période au championnat majeur d’endurance avec les florissantes GT. Le plateau et la concurrence est plus étoffé, ce qui risque de compliquer les chances de la Lancia et du team de se démarquer un tout petit peu, la preuve : Un proto Groupe-C Toyota 94C-V vient s’incruster dans le garage, une horde de Venturi 600LM et de Porsche 911 Carrera participent à l’épreuve, sans compter quelques Mazda RX7, une Callaway Corvette et des voitures de tourisme type Honda Civic qui s’invitent à la fête.



Etant donné qu’il s’agit d’une course de six heures, Rosso Competition engage deux pilotes pour épauler Furuya : Syuuji Fujii ainsi que le néerlandais Cor Euser. La 037 est quant à elle, engagée dans la catégorie GT3, ce qui est une maigre consolation vu que les concurrents de cette classe restent au-dessus de cette Lancia (avec des 911 Carrera RSR privées et quelques Honda NSX).

Conscient que leur voiture risque de ne pas aller bien loin, l’équipe Rosso Competition décide de se retirer peu avant la séance de qualifications. Pendant les essais, elle avait signé des chronos modestes, bien que moins larguée que d’habitude (il faut dire que Suzuka est certes, un circuit rapide, mais moins que Fuji et plus technique…).


C’est la fin de l’aventure japonaise pour la Lancia 037 sur les circuits goudronnés. Jadis une flèche en rallye, elle n’a pas brillé sur les tracés fermés. Certes, Rosso Competition n’est pas un team de référence et il est vrai que l’opération s’est réalisée sans le soutien de la marque, mais en ne changeant rien du tout (ou presque) sur la 037, il était évident que l’idée courait tout droit vers un échec. Au moins, on ne pourra pas reprocher à l’équipe de jouer sur la carte nostalgique (enfin on le pense)…mais peut-être aurait-il fallu engager un modèle plus adapté pour la piste…



Il faut bien l'admettre, rendre "hommage" aux couleurs Lancia-Martini était bien vu (©"Flashback_lm"/instagram)

Caractéristiques voiture :


Données de la 037 Evo

Moteur : 4-cylindres 1995cc

Aspiration : atmosphérique, plus compresseur volumétrique 1 bar d’origine Abarth

Implantation : central-arrière

Puissance : 325 ch à 8000 tr/min

Couple : 334 NM à 5500 tr/mn


Châssis : monocoque acier et carrosserie kevlar renforcé par fibres de verre

Suspensions : aux roues indépendantes avec triangles superposés

Boite de vitesses : manuelle, à 5 vitesses

Transmission : propulsion

Poids : 960kg

Dimensions : 3,9 m (L) * 1,85 m (l) x 1,24 m (h)

Pneumatiques : Goodyear


Résultats en compétition


Engagée par Rosso Compétition

A participé à la troisième manche du JGTC en 1994 sur le circuit de Fuji

11e de la course (9e de la catégorie Class 1)


A participé aux essais des 1000 km de Suzuka, manche du BPR

Pilote : Naohiro Furuya



Liens/ sources :

https://www.racingsportscars.com/type/results/Lancia/037.html

http://web.archive.org/web/20100208211335/http://www.imca-slotracing.com/2005-JGTC.htm

http://web.archive.org/web/20110606054057/http://www.wspr-racing.com/wspr/results/jgtc/jgtc1994.html

https://www.diariomotor.com/competicion/2015/10/30/la-historia-de-la-semana-la-increible-historia del-lancia-037-del-jgtc/

http://lanciaworkshistory.com/Lancia-037-JGTC-The-Time-A-037-Went-Racing/?fbclid=IwAR1j0WLj4A2VHJ_3zyNo7jpes39Q54Ov2mdbBpgth18aqIwQ1t2YMQGBcrk

https://www.youtube.com/watch?v=DpQCY50_3s8&t (course JGTC au Fuji Speedway)

Rallyes Magazine, Hors-Série Les légendes du rallye : Groupe-B, été 2013.



Quatre ans après son trip au Japon, la 037 a encore couru dur les circuits...de Finlande! Mais avec de profondes modifications: moteur rotatif piquée à la Mazda RX7! (©diaromotor)


K.N

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