Course fracassante: Tower Motorsports aux 24h du Mans (2023)
- Goodstone

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A l’issue de la saison 2022 de l’IMSA Weathertech Sportscar Championship, l’équipe Tower Motorsports s’impose dans la catégorie LMP2, avec notamment Louis Deletraz, Rui Andrade et John Farano au volant. Ce dernier décroche par ailleurs le Jim Trueman Trophy, qui récompense le pilote-gentleman champion en LMP2. Ceci permet au pilote canadien d’obtenir une invitation à la prochaine édition des 24h du Mans, en 2023. Evidemment, celui qui est à la tête de l’entité Tower Events et de sa propre équipe de course honore cette invitation. Ce sera donc la deuxième fois que Farano va s’engager à l’épreuve mythique d’endurance dans la Sarthe. Sa première participation, en 2019, s’était soldée par un abandon au volant de l’Oreca 07 LMP2 du RLR MSport.

Précisons également que cette invitation concerne uniquement le pilote concerné et non l’équipe titrée dans sa catégorie, Farano est libre de choisir où rouler, à condition de s’inscrire en LMP2 bien évidemment. Sans aucune surprise, le gentleman-driver et homme d’affaires originaire de Toronto opte pour un engagement avec sa propre structure. Et lors de la publication de la liste des engagés pour la 91e édition des 24h du Mans, le Tower Motorsports est bel et bien présent parmi les vingt-trois autres Oreca 07 de la catégorie LMP2. Parmi ces prototypes au sein de cette classe « monomarque » (et oui, point de Ligier ou de Dallara), neuf sont inscrites dans la sous-catégorie « Pro-Am », incluant celle de chez Tower. Cela signifie que chaque équipage comporte la présence d’un pilote classé « Bronze » par la FIA, ou d’un gentleman-driver en somme.
Point de souci pour la structure canadienne puisque le patron-pilote en est un. A 63 ans, ce n’est clairement pas le meilleur pilote-amateur (entre-guillemets) sur la grille, mais Farano a une jolie expérience en sport-auto depuis les années 2000. Et puis, il a déjà gagné et remporté quelques championnats, comme en European le Mans Series en 2018 où il décroche le titre LMP3 chez RLR MSport (avec Job Van Uitert) ou bien en IMSA justement, en 2022 comme nous l’avions écrit au-dessus.
Et le Tower Motorsports ? Débarquant en IMSA à partir de 2021, le team canadien, qui est en réalité exploité et soutenu par le Capone Motorsports, fait toujours bonne figure au sein d’un peloton animé en LMP2. Mais on n’a jamais traversé les frontières nord-américaines et les 24h du Mans est d’un niveau différent pour la structure basée en Floride. Certainement conscients que leur expérience dans cette grande épreuve est plus que limitée (sans compter les soucis de logistique), le Tower Motorsports annonce en mars, une association avec le TDS Racing, une des équipes de référence dans la catégorie.

La structure française, qui n’a pas engagé de proto à son nom pour cette édition, assurera l’engagement et l’exploitation de la voiture. Ce qui permet à Farano et à Tower Motorsports de se décharger de plusieurs contraintes, mais ils auront également un rôle dans l’histoire en soutenant financièrement l’association. Pour épauler le canadien, on mise sur deux pilotes très solides dans le milieu avec Ricky Taylor et René Rast. Rien que ça ! Nul doute que le Tower Motorsports sera l’une des teams à surveiller pour la victoire en LMP2 Pro-Am…et pourquoi pas viser un gros résultat parmi toutes les LMP2 ? Tout dépendra en partie de John Farano…
En attendant, il y’a également l’IMSA qui commence et le Tower Motorsports est toujours de la partie. Une victoire de classe aux 12h de Sebring permet à Farano, accompagné de Kyffin Simpson et de Scott McLaughlin, de bien commencer l’année 2023. Et un peu plus-tard, au beau milieu du mois de mars, la livrée spéciale pour le Mans est dévoilée.

Les traditionnelles couleurs noires et orange ne sont pas au rendez-vous. A la place, la livrée représentant la « marque » Vaillante est mise en valeur, avec le rouge et le bleu. On dirait bien que Michel Vaillant sera présent pour les cent ans de la première édition de l’épreuve sarthoise…ou bien sera-t-il présent pour présenter son nouvel album de BD intitulé « La cible » . En tout cas, bien que déjà présente en 2022 avec TDS Racing justement (en ELMS ainsi qu’au Mans), la livrée est plus colorée et élégante que précédemment, d’autant que l’Oreca 07 porte le numéro 13, clin d’œil à la Leader de Bob Cramer. Pour la petite histoire, John Farano apparait dans le dernier album (à l’époque), sans être vraiment mentionné. Saurez-vous le retrouver ?
Au cours du mois de mai, et à moins d’un mois de la grande épreuve, John Farano sort violemment de la piste lors de 2h40 e Laguna-Seca, quatrième manche de l’IMSA. Voiture détruite dans l’épingle Andretti, le pilote canadien est transporté vers l’hôpital et se retrouve contraint de déclarer forfait pour le Mans (et pour le reste de l’année). Coup dur pour l’équipe qui doit trouver un pilote « bronze » au plus vite. Finalement, ce sera l’américain Steven Thomas, présent chez TDS en IMSA cette année-là, qui est choisi. Il effectuera donc sa deuxième participation aux 24h du Mans après ses débuts en 2022 chez Algarve Pro Racing.

Après des essais préliminaires sans histoire, la Vaillante/ Tower Motorsports entame la première séance officielle d’essais libres de façon fracassante. Au milieu de la séance, l’Aston-Martin Vantage GTE du D’Station Racing, pilotée par Casper Stevenson, tape le rail et se retrouve en travers de la piste à la sortie des esses et peu avant le Tertre Rouge. Le drapeau rouge venait d’etre déployé lorsque Steven Thomas arrive à une vitesse élevée dans ce secteur. N’ayant pu voir l’Aston à temps, le choc est inévitable et les deux voitures sont fortement endommagées.
Pour l’équipe, ce n’est pas seulement une voiture qui est à remplacer, le reste des séances seront fortement perturbées et un stop & go de trois minutes sanctionnera la numéro 13 pour l’épreuve. Le pilote n’a pas suffisamment ralenti dans le secteur (peut-être n’a-t-il pas vu les drapeaux jaunes à cet endroit ?). Pour le Tower Motorsports, et les mécaniciens de chez TDS, il faudra récupérer une autre Oreca 07 et zapper le reste des séances d’essais et les qualifications. Cela veut également dire que la #13 partira depuis la dernière ligne au général, à la 61e position (sur les 62 partants, devant l’Aston de chez D’Station).
Pour le départ des 24h, Ricky Taylor prendra le départ et assurera le premier relais. Cette édition célébrant les cent ans de la première édition promet d’être pimentée, avec l’arrivée massive d’Hypercar, les GTE qui entament leur ultime année d’existence, la Camaro NASCAR qui ravit la foule. En LMP2 également, la bataille promet d’être intéressante, meme parmi celles du « Pro-Am », car il ne faudrait pas oublier l’équipe AF Corse avec Francois Perrodo, le Graff Racing qui ne manque pas d’ambitions pour cette course, le DKR Engineering qui aligne un équipage 100% belge ou encore le Cool Racing. Dans le camp Vaillante…pardon : Tower Motorsports, il va falloir cravacher fort d’entrée pour limiter la casse, sachant que le proto perdra forcément un tour avec sa pénalité…

Avant que la voiture de sécurité intervienne juste après le premier tour et que quelques gouttes de pluie s’invitent aux festivités, Taylor a gagné treize positions. Et le proto Vaillante remontera progressivement au fil des tours avant d’effectuer sa pénalité à l’entame de la seconde heure de course, ce qui fait chute la numéro 13 au 54e rang (et avant-dernier parmi les LMP2). Après un autre passage par les stands cinq minutes plus-tard, cette-fois pour un arrêt régulier. Désormais, il faudra foncer pour rattraper le retard, quitte à prendre quelques risques.

Après tout juste une heure et demie de course, et aux alentours de 17h28, l’Oreca 07 du Nielsen Racing sort de la piste et provoque une Slow Zone dans le secteur peu avant la chicane Dunlop jusqu’au début de la ligne-droite des Hunaudières. Tous les concurrents doivent passer la section à une vitesse extrêmement réduite. Et moins de dix minutes après cet incident, alors qu’il venait d’effectuer un nouvel arrêt aux stands, Ricky Taylor tape le rail de sécurité, dans le tout début des Hunaudières, et à la fin de la Slow Zone.
Le proto est pratiquement détruit. Et il est assez difficile de comprendre ce qu’il s’est réellement passé, avec ou sans le replay. On peut penser que Taylor a fait une petite erreur lourde en conséquence. Un sniper était-il caché derrière le circuit et a visé le pilote (si vous avez trouvé la référence, bravo !) ? A-t-il été surpris par une autre voiture, que ça soit une GTE ou une autre LMP2, celle de chez IDEC Sport ?
Ce qui est sûr, c’est que le pilote américain s’en sort sans problèmes. Mais les 24h du Mans sont terminées pour l’équipe Tower Motorsports qui est la seconde voiture à renoncer, après dix-neuf tours, et sans que René Rast et Steven Thomas n’aient pu prendre le volant. La #13 était bien au départ, mais ne sera pas à l’arrivée…








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