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André sur la grille de départ en F1 !

Photo du rédacteur: Goodstone
Goodstone
il y a 14 heures
9 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 heures


Avouez-le, personne d’entre vous n’aurait parié sur la présence d’un vainqueur des 24 heures du Mans et qui gagne bien sa vie en endurance ou en Super Formula (au Japon) au Grand-Prix de Belgique, douzième manche de la saison 2014 de Formule 1. Pourtant, ce fut le cas sur le fameux circuit de Spa-Francorchamps et André Lotterer a eu le loisir de disputer son premier et seul Grand-Prix dans l’élite. Certes, il n’y avait pas grand-chose à dire sur sa course (et pour cause…), et oui, les personnes du fond de la classe ont effectivement raison sur le fait que tout ceci n’est pas un fail à proprement parler…Mais que voulez-vous, les petites histoires du fond du peloton plus ou moins oubliées, on est également fans chez F-A !



Mais revenons un peu à la fin des années 1990. Champion de l’ADAC Formula BMW en ’99, le natif de Duisbourg (pas loin de la ville de Düsseldorf) monte d’un échelon l’année suivante en disputant la F3 allemande. Il s’impose à trois reprises et finit quatrième d’un championnat remporté par Giorgio Pantano. Jaguar s’intéresse à son cas et lui propose d’essayer leur monoplace en cours d’année. A 19 ans, le jeune André est pour la première fois, au volant d’une F1. Et il sera couvé par le constructeur britannique pour l’année 2001 : il sera pilote-essayeur du team tout en disputant le championnat britannique de F3 pour le compte du Jaguar Junior Team.

Couvé par Jaguar Racing qui lui offre également un poste de pilote-essayeur en F1 (devenu plus ou moins effectif après le départ de Thomas Scheckter en cours d'année 2001) (©Motorsport Images)
Couvé par Jaguar Racing qui lui offre également un poste de pilote-essayeur en F1 (devenu plus ou moins effectif après le départ de Thomas Scheckter en cours d'année 2001) (©Motorsport Images)

Découvrant les circuits Outre-Manche et la série, la saison sera quelque peu laborieuse, mais plutôt prometteuse. Bien qui finissant derrière son partenaire James Courtney, également protégé de Jaguar, au classement général (7e contre 4e), Lotterer a tout de même signé une victoire en cours de saison en plus de terminer second au Masters de Zandvoort (épreuve réunissant les pilotes des divers championnats de F3 nationaux), derrière Takuma Sato qui remportera également le titre en F3 Britannique.

 

Une saison en British F3, en 2001. Ici à Thruxton (©Nick Woods)
Une saison en British F3, en 2001. Ici à Thruxton (©Nick Woods)

Pour 2002, on reste toujours dans le giron Jaguar en étant une fois encore pilote-essayeur. Mais hormis ceci, le programme sportif est plus que limité. Une pige aux 24h de Spa et en CART sont ses deux seules apparitions en compétition, en dehors des tests effectués chez Jaguar. A la fin de l’année et après une saison compliquée, la marque anglaise fait le ménage dans l’effectif, et André doit faire ses bagages…


En test sur le circuit de Silverstone, en 2001 (©Alastair Ladd)
En test sur le circuit de Silverstone, en 2001 (©Alastair Ladd)

Les portes de la F1 semblent refermées, l’allemand trouvera refuge au Japon…et il y restera pendant près de quinze ans au pays du soleil levant. Plusieurs victoires et un titre en Formula Nippon (en 2011, chez TOM’S) ainsi qu’en Super-GT (en 2011, sur une Lexus SC430 GT500 partagée avec Juichi Wakisaka pour le compte du Team TOM’S) récompensent le parcours et le talent réel du pilote allemand.



En 2014, Lotterer court à la fois en Super Formula (nouveau nom de la Formula Nippon) et dans le championnat du monde d’endurance, le WEC. Sur ce dernier point, il remporte pour la troisième fois de sa carrière, les 24h du Mans sur l’Audi R18 e-tron Quattro en compagnie de Marcel Fassler et de Benoit Tréluyer. Le trio s’impose également les 6h d’Austin. Au Japon, il joue le titre face à Kazuki Nakajima, Loic Duval ou encore Joao Paulo de Oliveira. Le pilote officiel Audi en endurance a un agenda chargé cette saison. Et à bientôt 33 ans, sa carrière en sport-auto est déjà bien rempli et riche en succès, même s’il n’a jamais eu la chance de courir en Formule 1…

 

Troisième victoire aux 24h du Mans en 2014 ! (©Audi Sport)
Troisième victoire aux 24h du Mans en 2014 ! (©Audi Sport)

Et puis, au beau milieu du mois d’aout, on apprend que Caterham remplace son premier pilote, le japonais Kamui Kobayashi, au profit d’André Lotterer pour le GP de Belgique qui aura lieu le weekend du 23 aout 2014. C’est une annonce inattendue et surprenante de la part de l’équipe britannique qui agonise dans le fond de grille.  Mais c’est un joli cadeau offert au pilote allemand de courir « à domicile », étant donné qu’il a grandi en Belgique et pas trop loin du circuit. Petit bémol au milieu de cette histoire, celui-ci doit faire l’impasse sur la manche de Super-Formula qui se déroule le même weekend, à Motegi. Cela veut également dire que ses chances de second titre s’envolent dans ce championnat.

 

Mais pourquoi avoir choisi Lotterer pour remplacer le pilote le plus expérimenté (et le plus rapide) de l’équipe ? On est resté quelque peu flou du coté de l’écurie basée à Leafield. Son expérience et sa connaissance du tracé de Spa est un atout considérable pour Caterham et toute son équipe (si si). Plus sérieusement, le triple-vainqueur des 24h du Mans apporte son sponsor personnel, Hype Energy, et on est contents d’accueillir un sponsor qui apporte un peu de d’argent frais sur le compte de l’équipe. Et hormis ceci ? Notre ami André a des bonnes relations avec Colin Kolles, nouveau propriétaire du team depuis le début de l’été. Celui qui est également le fondateur de sa propre équipe en WEC (sous le nom de Lotus à l’époque) connait déjà Lotterer à l’époque de la F3 allemande et il l’a fait courir pour la première fois au Mans en 2009, sur une Audi R10 TDI de sa propre structure.

 

La surprise de ce GP de Belgique 2014, c'est lui !
La surprise de ce GP de Belgique 2014, c'est lui !

Depuis qu’il a quitté son rôle de pilote-essayeur chez Jaguar, la F1 a énormément changé en douze ans. D’accord, il pilote une fois encore une monoplace de couleur verte, mais c’est le seul point de comparaison valable. Et bien qu’il continue encore de piloter en monoplace (la Super-Formula, jusqu’en 2017), celles en Formule 1 sont différentes, très différentes en termes de pilotage. Et c’est encore plus flagrant depuis 2014 justement avec l’introduction des moteurs V6 turbocompressés utilisant également la technologie hybride. Ceci combiné aux pneus Pirelli ainsi que l’apport du KERS et du DRS (entre autres), la Caterham CT05 n’a rien à voir avec la Jaguar R3 de 2002. Bien que n’ayant rien à perdre pour ce weekend unique, Lotterer doit vite être dans le coup (ou au pire, limiter la casse) face aux autres pilotes et face à son partenaire, le suédois Marcus Ericsson qui débute cette année en F1. Autre souci, la monoplace n’est absolument pas compétitive et la situation de l’écurie est plus que floue, tant en coulisses que sur le plan financier.



Pour résumer rapidement la situation, Colin Kolles et un groupe d’investissement obscur nommé Engavest (on ne connaissait pas encore la véritable identité de ce groupe en été 2014…) reprennent Caterham au début de l’été lorsque son propriétaire originel, Tony Fernandes, jette l’éponge après quatre années à jouer les simples figurants. En 2014, l’avantage parmi les cancres du peloton tourne clairement à l’avantage des Marussia, et la neuvième place de Jules Bianchi à Monaco, synonyme de points, a été le coup de poignard à la motivation de Fernandes. Et les nouveaux proprios (enfin, presque…) peinent à trouver des solutions pour sortir de l’ombre. Il faut dire que la Caterham CT05 est une véritable poubelle (on reste encore poli sur le terme) affublée d’un nez disgracieux dont la chirurgie esthétique effectuée pour le GP de Belgique justement change à peine les choses (sinon que son aspect est, disons, moins érotique). En plus du moteur Renault qui n’est pas le meilleur du lot, la fiabilité est plus que médiocre en comparaison des autres monoplaces. Bref, cette chance unique de courir en Grand-Prix a tout d’un joli piège. Et puis Lotterer ne découvrira la voiture qu’à partir de la première séance d’essais libres de ce GP…

 

 

Un nouveau nez est intégré sur la Caterham CT05. Bien que moins laid que le précédent, cela reste très "particulier" à le regarder (©???)
Un nouveau nez est intégré sur la Caterham CT05. Bien que moins laid que le précédent, cela reste très "particulier" à le regarder (©???)

En parlant de cette première séance d’essais libres, tout se passe sans problèmes pour le pilote allemand. Malgré des températures fraiches en ce vendredi matin, il accumule les tours et se permettra de battre Ericsson d’un petit cheveu à l’issue de cette matinée. Si le pilote suédois le devancera lors de la seconde séance, Lotterer poursuit tranquillement sa route et continue d’effectuer des kilomètres. Il aura réalisé 48 tours durant la journée du vendredi. Son meilleur chrono, réalisé lors de la deuxième séance en 1 :54 :09, est à tout juste un dixième derrière son partenaire de garage. Il est également à cinq secondes de la Mercedes de Lewis Hamilton…


Sutton Images
Sutton Images

Ce n’est pas bien grave, la Caterham est une fois encore, la voiture la moins performante sur ce tracé Spadois. Dans le garage, on est satisfait de retour d’informations de la part du nouveau pilote de l’équipe, d’autant plus qu’il apporte également son expertise sur le système hybride aux ingénieurs. Il faut noter que l’Audi R18 e-tron qu’André pilote en WEC embarque également ce type de système, à l’instar de tous les autres protos de la catégorie LMP1, parmi les constructeurs engagés en endurance.

 

Première journée sans aucun souci pour le local de l'étape. (©Florent Gooden)
Première journée sans aucun souci pour le local de l'étape. (©Florent Gooden)

Le samedi matin, pas grand-chose à dire, la troisième et dernière séance d’essais se déroulent dans des conditions humides et les pilotes ne feront que peu de tours, y compris Lotterer. C’est dans l’après-midi que cela deviendra intéressant : la pluie s’invite pour la séance de qualifications et des bonnes comme des mauvaises surprises sont attendues pour cette première phase, la Q1. Bon, les Caterham restent toujours derrière le reste du plateau, mais Lotterer ne fait aucune erreur dans ces conditions, et même s’il n’évite pas la onzième et dernière ligne sur la grille de départ, le « local » de l’étape devance son équipier Marcus Ericsson, avec un temps supérieur d’une seconde pleine ! Pas mal pour un rookie de 32 ans et demi qui n’a effectué aucun roulage avec la CT05 avant le GP. Pour être tout à fait objectif, le pilote suédois n’a pas été gâté par le trafic lors de son ultime tour chronométré (et précédemment même). Son meilleur chrono effectué en toute fin de la Q1, sur une piste s’asséchant un peu et avec des pneus intermédiaires, est à plus de six secondes des Mercedes. Mais il faut également noter qu’il est dans le même dixième que celui signé par la Sauber d’Esteban Gutierrez, sur une voiture théoriquement un peu plus compétitive que la Caterham…

 

21e, mais devant son partenaire Marcus Ericsson à l'issue des qualifications ! C'est ce que l'on retiendra de plus lors de sa prestation sous la pluie le samedi (©?)
21e, mais devant son partenaire Marcus Ericsson à l'issue des qualifications ! C'est ce que l'on retiendra de plus lors de sa prestation sous la pluie le samedi (©?)

Le dimanche 24 aout, la course ne se déroulera pas sous la pluie (bien que quelques gouttes soient apparues juste avant le départ, mais rien de bien méchant), mais sous le soleil en grande partie cachée par les nuages gris.  Pour Lotterer, l’objectif n’est rien d’autre que de rejoindre l’arrivée. Au départ, l’allemand profite du contact entre Romain Grosjean et Jules Bianchi pour gagner deux positions. A la fin du premier tour, il pointe à la 18e place, devant Ericsson et la Marussia de Max Chilton. Et alors que les autres monoplaces entament le second tour, on remarque que la Caterham dotée du numéro 45 a disparu de la circulation et du live timing. Il en est de même en ce qui concerne la Lotus de Pastor Maldonado. Est-ce que les deux pilotes se sont accrochés ?

 

La réponse est non. En réalité, il s’agit de deux abandons qui se sont certes déroulés au même tour, mais qui n’indiquaient clairement pas un incident entre deux monoplaces. Alors que la Lotus du vénézuélien renonçait sur une casse de son échappement, Lotterer voit son moteur s’est subitement coupé après un passage sur un vibreur. Il s'arrête à l'entrée des stands et met pied à terre. Pour la petite histoire, Lewis Hamilton manque de peu la voiture en voulant s'arrêter au stands après le fameux contact avec Rosberg au troisième tour, provoquant une crevaison sur la monoplace du britannique.


André aura parcouru moins de dix kilomètres lors de ce GP de Belgique , ce qui reste tout de même plus long que l’unique départ de Marco Apicella en 1993 ; Malgré tout, le bilan aura été plus que positif pour notre ami André qui a prouvé qu’il n’était pas ridicule dans le milieu de la F1, le temps d’un weekend.

Devant Ericsson et Chilton au premier tour (©Getty Images)
Devant Ericsson et Chilton au premier tour (©Getty Images)

Alors qu’on pensait qu’il s’agissait d’un one-off, Caterham lui propose également de courir le GP d’Italie, à Monza, qui aura lieu deux semaines après la Belgique. Courir une fois encore en F1, c’est une offre qui ne se refuse pas, même avec la plus mauvaise équipe du plateau. Pourtant, Lotterer refuse poliment la proposition. Le fait de laisser le volant à Roberto Merhi pour la première séance d’essais-libres a été une des raisons principales et le pilote TOM’S en Super-Formula et il est hors de question de sacrifier du temps de roulage. C’est ainsi que la petite expérience en Formule-1 s’achève pour André Lotterer tandis que Kobayashi récupérera sa voiture pour la suite de la saison. Son nom a été évoqué pour qu’il participe au GP d’Abu Dhabi (la dernière manche de la saison) au sein d’une équipe Caterham encore plus agonisante qu’auparavant. Mais il ne s’agit rien de plus que de rumeurs…Fin définitive d’une expérience très intéressante pour le pilote allemand...Et s'il avait insisté un peu plus pour trouver un volant en F1, que ca soit en tant que réserviste ou même titulaire, après 2002?

 

 

 Liens/sources


Archives Motorsport. com, Auto-Hebdo,

Thomas Bastin, épisode "Car(tes) control" avec Lotterer: https://www.youtube.com/watch?v=Qv37NSDTOpE&t

 

 

 

 

 

 

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