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Callaway C7R GT1 (1996-1997)

Mis à jour : mai 6

Pour être honnête, je n’ai connu cette voiture que grâce à Sports Car GT, jeu sorti en 1999 sur la Playstation première du nom et sur PC. Le temps de comprendre qu’il s’agissait bien d’une voiture réelle, j’essaye de glaner quelques informations sur cette création américaine et là, surprise : la bestiale Callaway C7R bel et bien couru en compétition et plus précisément en endurance, à l'époque des GT1…Mais que valait cette machine sur la piste ?




Après la faillite des prototypes du Groupe-C et du championnat mondial des voitures de sport, les Grand-Tourisme reviennent sur le devant de la scène de l'endurance en 1993. Un championnat international (sans le label de la FIA) est créé l’année suivante et devient très vite une compétition attractive pour les pilotes et équipes ainsi que les constructeurs.


Les GT reviennent en force sur la scène de l'endurance au milieu des années 1990 (©?)

Deux catégories principales ont été créées pour accueillir ces GT, mais la classe principale, le GT1, devient vite intéressante en raison de son règlement ultra-permissif (en termes de cylindrée, d’aides au pilotage, un seul exemplaire de série doit être construit…) et de l’apparition de fameuses machines telles que la McLaren F1.



Corvette Customer


Si on connait Callaway pour ses préparations sur des Chevrolet Corvette ou par sa participation dans le championnat allemand de GT (l’ADAC GT Masters) aujourd’hui, il faut remonter à 1977 pour voir Reeves Callaway, lui-même ancien pilote en Trans-Am, créer son atelier de préparation dans le Connecticut, au Nord-Est des USA.


©ultimatecarpage

Durant ses premières années, Callaway se contentait exclusivement de préparer des turbocompresseurs pour diverses voitures, notamment avec BMW, Mercedes-Benz ou Alfa-Romeo.

Mais c’est en 1987 que Callaway va concevoir ses propres machines sur base de la Chevrolet Corvette. L’année suivante, la Callaway Corvette Sledgehammer est une des voitures de route les plus rapides à l’époque : 900 chevaux et plus de 380 km/h ! Aujourd’hui encore, le sorcier américain continue de concevoir et préparer des Corvette survitaminées.


La Corvette Sledgehammer, la première véritable création de Callaway

Pour trouver trace de Callaway en compétition, il faut remonter en 1989 et plus précisément en Trans-Am et en SCCA National pour voir quelques Corvette quelque peu retouchées au niveau de la mécanique par Callaway. Mais c’est également cette-année-là qu’il est en charge du développement moteur de l’Aston-Martin AMR1 qui court alors en sport-prototypes, à la grande période du Groupe-C.

Il faut attendre 1991 pour voir Callaway s’engager sous son propre nom avec des Corvette Sledgehammer modifiées pour courir en IMSA Supercar Championship, une série support de l’IMSA (l’endurance aux USA) accueillant des GT proches des véhicules de série. Durant deux saisons, Callaway effectuera quelques courses dans cette série avec Boris Said comme pilote.


©conceptcarz

Pour 1993, le préparateur s’implique un peu plus en compétition et installe une « antenne » en Europe en s’alliant avec l‘équipe Woehr & Ciccone, basée près d’Heilbronn en Allemagne et accessoirement importateur des Callaway dans le vieux continent. L’objectif est de courir en ADAC GT avec des Corvette préparées par Callaway et Woehr & Ciccone sont chargés d’exploiter ces voitures dans ce championnat. Avec Boris Said et Wolfgang Klotz comme pilotes, la Callaway Corvette marque le pas face aux Porsche 911 et ne signent aucun podium cette saison. Notons que cette association existe toujours aujourd’hui et on peut voir les Callaway Corvette C7 GT3 courir en ADAC GT Masters.


En ADAC GT (©Herbert Schweg)

Pour 1994, les ambitions sont en hausse et un nouveau modèle est dévoilé : la Callaway Corvette Supernatural, ou LM600 dans sa version de compétition. Cette machine a pour but de participer aux 24 heures du Mans et aux autres épreuves majeures en IMSA ou en BPR.


Très vite, la LM600 se montre compétitive face aux Porsche 911 malgré une fiabilité imparfaite. D’ailleurs lors de l’édition 1995 des 24h du Mans, deux LM600 se classent second et troisième de leur catégorie. A la fin de l’année, Callaway abandonne le développent de cette voiture, laissant les équipes privées exploiter la LM600…


Engagée par Callaway elle-même, cette LM600 terminera 9e aux 24h du Mans en 1995, et 3e de la catégorie GT2 (©"Elji")

Feu vert pour le GT1 :


En effet : Callaway s’intéresse désormais à la florissante catégorie GT1. Après avoir étudié la réglementation, il est décidé de créer une toute nouvelle machine ne partageant (presque) aucun élément avec une Corvette ! L'objectif principal? Les 24h du Mans!


Prête à courir pour 1996, mais déjà en chantier dès 1994, la nouvelle arme du préparateur américain se nomme C7R (comme la septième création de Callaway, en prenant compte de ses préparations de turbocompresseurs). Le moins que l’on puisse dire, c’est que Callaway n’a pas chômé en ce qui concerne la voiture, notamment avec châssis monocoque entièrement en carbone ainsi que l’aileron arrière travaillé pour une meilleure aéro. Le poids donné de la bête toute ronde est de juste 1000kg.


©conceptcarz

Mécaniquement parlant, Callaway a été moins radical qu’avec la voiture, le moteur V8 est issu de la Corvette ZR1, mais surgonflé pour monter jusqu’à plus de 6 litres et développe plus de 650 chevaux. Particularité : il est installé juste derrière les roues avant de la C7R, donc on a affaire à un véhicule dont le moteur est implanté en position central-avant, un cas pas banal quand on sait que la plupart des GT1, et des modèles de compétition, ont un moteur installé en position central-arrière ! Pour le reste, la boite de vitesse manuelle à 5 rapports est conçue en interne et BF Goodrich est choisi comme manufacturier pneumatique.


©carmrades blog

Dans l’ensemble, on peut dire qu’il s’agit d’un GT1 exploitant pratiquement au maximum les possibilités du règlement de cette catégorie (malgré des dessous classiques). Maintenant, est-ce suffisant pour se battre avec les autres voitures de même classe ?


Faux-départ


Quelques tests ont été effectués sur le circuit d’Hockenheim, avec l’aide de l’antenne européenne du préparateur américain. Les essais ont été, semble-t-il, prometteurs.

Deux exemplaires de la C7R ont été construits. Prête jute à temps pour l’édition 1996 des 24h du Mans, mais d’abord, place à la séance de pré-qualifications qui a lieu un mois avant la classique mancelle. Ça va être chaud, très chaud : plus de 70 voitures participent à cette séance et on ne retiendra que 52 voitures pour les vraies qualifications !


©lemans-history

Une C7R est présente pour cette périlleuse séance, le second exemplaire fait office de mulet. Engagée directement par Callaway, le préparateur américain fait confiance à deux pilotes « maison », à savoir Boris Said et l’italien Enrico Bertaggia.


Et du coté des autres GT1 ? Eh bien, on a pas mal de Ferrari F40 et de McLaren F1 GTR. Lister, Nissan et Toyota sont également de la partie avec une Storm, une Skyline LM et une Supra modifiées pour l’épreuve. Autres nouveautés en GT1 hormis la Callaway, on note la présence de Viper GTS préparées par la Southwind Motorsport et par Orec (eh oui, la Viper à brièvement couru en GT1). Parmi les autres GT1, citons une SARD MC8, une Renault Spider ( !), une De Tomaso Panthera ou même une Bugatti EB110 ! Notons également quelques Porsche 911 GT2 « Evo » homologuées dans cette classe et on se demande ce qu’elles viennent faire en GT1…


Mais la nouveauté principale reste la 911 GT1, une machine absolument radicale dans tous les domaines. Ce que l’on ne sait pas à ce moment, c’est qu’elle va totalement transformer la catégorie GT1 dans les années à venir : les McLaren, Lister ou autres Callaway (au hasard) seront immédiatement dépassées !


Vraie GT1 ou proto déguisée, cette Porsche 911 GT1? La voila qui vient bouleverser la catégorie pour la suite...

Participant à cette séance avec peu de roulage auparavant. La Callaway C7R n’échappe pas aux inévitables soucis de jeunesse et à l’issue de cette journée, l’originale machine ne signe que le 52e temps de la séance, en 4’13'889. A titre de comparaison, la McLaren F1 GTR du GTC Racing, pilotée par J.J Lehto, a signé le meilleur temps en GT1 avec un chrono en 3’50'246, un gouffre. La C7R échoue même à se placer devant pas mal de GT2, où une LM600 était présente dans cette classe.

Logiquement, la voiture et l’équipe ne sont pas pré-qualifiées. Seule « consolation », la voiture devançait la De Tomaso et la Bugatti EB110 dans sa catégorie…


Une journée de préqualifs' et puis s'en va... (©Serge Cailler)

Cependant, la « prestation » de la C7R n’est pas passée inaperçue auprès des gens de l’Automobile Club de l’Ouest, (ACO, organisateur des 24h du Mans). La machine radicale par ses formes et son aéro est dans le collimateur des commissaires techniques de l’ACO: ils auraient avec effet immédiat, décidé de changer quelques conditions dans la réglementation des GT1 dans la classique mancelle, rendant la C7R inutilisable telle qu’elle pour 1997…


Sous le soleil de Floride.


En octobre 1996, Callaway va effectuer de profondes modifications sur sa C7R afin de répondre aux nouvelles règle de l’ACO, mais aussi de la FIA (dont le look « novateur » de la C7R ne serait pas passé inaperçu auprès de la fédération également) . Rendez-Vous en 1997 pour la revoir en piste.

Il faut attendre les 24 heures de Daytona, manche inaugurale de l’IMSA, début février 1997, pour voir la « nouvelle » C7R. Idée intéressante pour juger le potentiel de la voiture dans une longue épreuve d’endurance, sans contraintes ni chichis



Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on n’a pas chômé chez Callaway, jugez plutôt :


©Patrick Durand


Fini les formes ronduouillardes, place à une aéro revisitée, à un nouvel aileron arrière afin de satisfaire les gens de l’ACO et de la FIA, plus suspensions redessinés, voiture au nez modifié, forme plus basse et élargie, aux grosses ouvertures sur tous les côtés de la machines ainsi qu’un moteur retravaillé pour donner 680 chevaux !


La C7R a été modifié dans les ateliers près d’Heidelberg, via l’antenne européenne de Callaway. Plusieurs essais ont été effectués sur plusieurs tracés à travers l’Europe…


©corvetteregistry

Coté pilotes, si Said et Bertaggia sont encore de la partie, Johnny Unser (qui a déjà couru pour Callaway en 1995) et Ron Fellows les rejoignent pour cette épreuve. Enfin, Pirelli remplace BF Goodrich en termes de pneumatique.


Sur le papier, la C7R est séduisante, reste à voir si cela suffit à se battre pour la victoire absolue face à des protos ouverts tels que la Ferrari 333, Riley & Scott ou à une Courage. Et n’oublions pas les rivales de la Callaway dans cette épreuve, à savoir les GT1 , mais également les GTS (la catégorie sera nommé GTS-1 pour ces 24h) avec une Lister Storm GTL, quelques Porsche 911 GT2 Evo ou encore les quelques modèles exotiques type Chevrolet Camaro ou Oldsmobile Aurora ressemblant davantage à des voitures courant en Trans-Am qu’autre chose…


©Simon Lewis

Et notre Callaway ? Comment s’en sort-elle ? Ben pas très bien : celle-ci n’a signé que le 25e chrono, la faute à une sortie de piste en essais privant les pilotes de temps de roulage, mais également à cause d’une tenue de route médiocre, en régression par rapport à la version précédente malgré une meilleure vitesse en lignes droites. Mais en course, la C7R va lentement, mais surement remonter au classement au fil des heures, au point même de mener la catégorie GTS-1. Malheureusement, peu après la 12e heure de course, celle-ci rencontre un problème électrique et une fuite d’huile. L’abandon sera prononcé peu après…


La C7R verra bien le début de la nuit à Daytona, mais pas la fin...(©?)

Ces 24h de Daytona 1997 marqueront l’unique apparition de cette Callaway en course. Après cela, le programme est arrêté et comme la nouvelle réglementation des GT1 (hauteur minimale imposée, fabrication de 25 exemplaires de série…) rendent la C7R hors-jeu pour le Mans ou dans les épreuves de la nouvelle série FIA-GT, ex-BPR, le préparateur américain arrête les frais (une participation aux 12h de Sebring et au Mans, son objectif principal, était prévue). D’ailleurs, peut-on voir une idée de la FIA et de l’ACO de torpiller les chances de la C7R en changeant la réglementation ? Pourquoi cette hostilité envers ce petit préparateur américain n’ayant pas les moyens des constructeurs ? Et au fait, pourquoi Callaway et non Porsche ou Mercedes qui couraient avec des voitures vraiment à la limite de la réglementation (et de l’esprit) GT1 ? Mystère et boules de gomme…


©Patrick Durand

Radicale dans sa conception, un peu moins dans sa partie mécanique, la C7R aurait mérité un meilleur sort. Pas sur toutefois qu’elle aurait été capable contenir les futures GT1, type Porsche 911 GT1 ou Mercedes CLK-GTR, qui mettaient la barre plus haute en termes de conception et de performance (et de budgets, mais c’est un autre débat). C’est sur ce modèle que se clôt l’aventure de Callaway dans le sport-auto…mais ce ne sera que temporaire !



Une C7R a été vendue aux enchères en 2014

Caractéristiques voiture :


Moteur : V8 6276cc, basé sur le moteur LT5 5,7 litres de la Corvette ZR1

Aspiration : atmosphérique

Implantation : central-avant

Puissance : 650 à 680 chevaux, à 6250 tr/min

Couple : 835 NM à 5400 tr/min


Châssis : monocoque, en carbone

Boite de vitesses : manuelle à 5 vitesses

Transmission : propulsion

Poids : 1000 kg

Dimensions : 4,2m (L) * 1,9m (l) * 1,07m (h)

Pneumatiques : BF Goodrich en 1996, puis Pirelli en 1997



Ah oui, et la C7R est jouable dans le jeu Sports Car GT, jeu sorti en 1999 sur ps1 et PC...mais seule la console de chez Sony avait droit à cette machine. Notez qu'il existe également une version "fictive" homologuée en GT2.

En compétition :


Engagée par Callaway Competition, avec l'aide de l'antenne européenne de Callaway, basé près d'Heilbronn

Non-préqualifiée pour les 24h du Mans en 1996 (catégorie GT1)

Pilotes : Boris Said, Enrico Bertaggia


De retour pour les 24h de Daytona en février 1997, après que Callaway a profondément modifié la C7R

Court en catégorie GTS-1 (mélange les GT1 et les GT-S)

Abandon en course

Pilotes : Boris Said, Enrico Bertaggia, Johnny Unser et Ron Fellows



Liens/ sources:


https://www.racingsportscars.com/make/Callaway.html

http://lemans-history.com/mostra_eq.php?ano=1996&equipa=%20%2042&equipa_seq=0

http://docplayer.fr/65340641-Les-corvette-a-daytona-daytona-continental-et-24-heures-de-daytona.html

https://www.carmrades-blog.com/all-articles/2017/3/27/daring-disappointment-1996-callaway-c7r

https://www.supercars.net/blog/1997-callaway-c7r/

https://www.callawaycars.com/homepage/the-company/callaway-cars/c7/

https://www.topspeed.com/cars/callaway/1997-callaway-c7-corvette-ar34981.html

ultmatecarpage



La Callaway C7R existe encore...mais rien à voir avec le modèle GT1! Depuis 2016, la nouvelle C7R (reprenant cette-fois le nom de code de la septième génération de Corvette) homologuée en GT3 court dans quelques épreuves en Intercontinental GT Challenge et surtout en ADAC GT Masters, toujours exploitée par l'antenne allemande du préparateur américain. (©speed-magazin.de)

K.N

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