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Direxiv, les yeux plus gros que le bide

Mais si : souvenez-vous de Direxiv, ce sponsor japonais qui parrainait plusieurs pilotes et équipes dans le monde du sport-automobile…avant de faire faillite de manière subite. Remontons au milieu des années 2000 et remémorons-nous de cette mystérieuse compagnie qui a fait un peu parler d’elle à cette période…




La première fois que j’avais entendu ce « fameux » sponsor nippon, c’était au moment où celle-ci s’approchait de l’écurie McLaren en Formule 1 pour un partenariat qui va au-delà du simple sponsoring : grâce à F1i Magazine et à F1 Racing, j’avais également appris qu’ils tentaient de venir dans la catégorie-reine du sport auto avec justement le soutien de McLaren. Après ça, plus rien, nada, le vide absolu…Faut dire que je ne suivais peu (voire pas du tout) les news/rumeurs à l’époque comme la curiosité n’était pas mon point fort.



En fait, ce n’est qu’un peu plus tard que le sponsor en question, Direxiv, a disparu de façon subite en plein été, mais ça, je ne le savais que plus tard, plusieurs semaines après sa faillite…






Mais d’abord, c’est quoi Direxiv, et qu’est-ce que c’était ? Résumons un peu : il s’agissait à la base d’une compagnie nippone crée en 2004 et siégeant à Tokyo. Ses fonctions ? Apparemment une société d’investissement menée par Shin Akiyama, un homme d’affaires qui a (ou aurait) fait fortune dans le domaine pharmaceutique et qui détient déjà des actions dans pas mal de compagnies nippones ou dans la BNP-Paribas. La compagnie nippone a fait fortune très rapidement peu après sa naissance.

Mais Direxiv ne veut pas se contenter d’un simple rôle d’investissement, elle veut également et surtout occuper d’autres domaines tels que dans le multimédia, les télécommunications ou encore dans le monde cinématographique ( !).


Mais ce n’est pas tout, Direxiv souhaite s’impliquer dans le monde du sport-automobile, rien que ça ! Pour cela, rien de plus compliqué : il faut une personne issue de ce milieu, qui connait cet environnement et des connexions dans le domaine en question…et c’est en toute logique que Direxiv confie le projet en sport-auto à une ancienne race-queen, ou grid-girl si vous préférez. Son nom ? Misato Haga. Pourquoi elle ? On ne sait pas trop, à part le fait qu’elle a « animé » les grilles du Super-GT auparavant, ce qui visiblement, était un critère suffisant pour que Haga soit promue directrice de l’entité Direxiv en sport-auto à seulement 25 ans…


Misato Haga en 2005 (©?)


Premiers pas dans le monde du sport-auto (2005)


Direxiv veut s’implanter durablement dans cette catégorie sportive, et ne compte pas se contenter d’un simple rôle de sponsor d’une équipe lambda. Non, il faut voir encore plus haut : il faut parrainer des pilotes, jeunes de préférence, et créer un partenariat avancé avec des équipes. Bref, on sent que la compagnie japonaise veut à la fois avoir un rôle de manager et détenir une propre équipe à terme, d’autant plus que l’argent ne manque pas dans cette compagnie, bien que la provenance est un peu floue…



D’abord, on va s’aventurer dans le Super-GT, le championnat nippon de Grand-Tourisme, puis on s’allie avec l’équipe R&D Sport et on renomme le tout en « Direxiv Motorsports ». Engagée en catégorie GT300 (pas la catégorie principale), la voiture choisie sera une originale Vemac RD320R à moteur Toda (en réalité Zytek). Les pilotes choisis pour piloter l’unique machine engagée par Direxiv Motorsports seront Yasuo Miyagawa et Shogo Mitsuyama.


La Vemac RD320R Du Direxiv Motorsports, avec ses faux-airs de Lotus (©superGT)

Passons aux pilotes « couvés » par Direxiv : trois heureux élus vont courir dans le nouveau championnat GP2, ex-F3000, considérée comme l’antichambre de la Formule 1. Faisons un point sur ces jeunes loups :

-Hiroki Yoshimoto, 24 ans, a couru précédemment en World Series by Nissan (qui deviendra la Formule Renault) et en Super-GT. Il sera dans l’équipe BCN Competition.

-Le second laron est le monégasque Clivio Piccione, 21 ans et vice-champion de la F3 Européenne en 2004. Il roulera pour l’équipe Durango.

-Enfin, le dernier nommé est le français Olivier Pla, 22 ans, membre de la FFSA Academy et pilote en World Series by Nissan l’année précédente. Il sera dans le David Price Racing (DPR).


La "famille" Direxiv (presque) au grand complet. De gauche à droite: Olivier Pla, Clivio Piccione, Misato Haga, Yasuo Miyagawa & Shogo Mitsuyama (©"senna330")

Maintenant, quel est le point commun entre ces trois-là ? Ils ont tout apprendre de ce jeune championnat. D’autant plus que, hormis Yoshimoto, ils sont casés dans des équipes qui sont tout, sauf des références dans leur série. Mais bon, le principal pour Direxiv, c’est d’avoir placé leurs poulains dans divers équipes de GP2, avec une jolie publicité pour leur compagnie sur chacune des monoplaces concernées.


Pour le moment, la compagnie nippone reste plutôt discrète en coulisses…Jusqu’à ce que son nom soit cité dans les news et rumeurs de la F1 en octobre 2005. En effet : une onzième équipe serait prête à courir en 2006 avec l’appui de Honda. Direxiv et quelques autres noms étaient cités parmi celles qui seraient à l’origine de cette nouvelle team, mais on apprendra plus tard que c’est l’ancien pilote Aguri Suzuki qui est à la barre. Donc rien à voir avec la jeune société…


Hiroki Yamamoto, à Spa en 2005

Monter en puissance


Mais Direxiv veut réellement monter dans la catégorie-reine du sport-auto, d’autant plus que ce n’est pas l’argent qui manque (peu importe sa provenance) à cette compagnie. En tout cas, celle-ci commence à faire parler d’elle dans la presse. Dès novembre 2005, des premiers contacts ont été établis avec McLaren pour un éventuel partenariat. La compagnie japonaise aurait promis un sponsoring à la hauteur de 40 millions de dollars...



La McLaren-Mercedes MP4/20 en 2005 (©autosport)

Mais il n’y a pas que ça, McLaren réfléchit depuis quelques temps à une création d’une seconde équipe. L’affaire avait capoté fin-2004 malgré l’appui d’investisseurs venus du Moyen-Orient. Cette-fois ci, Ron Dennis, président de McLaren, compte bien refaire le même coup …avec l’aide de Direxiv ! Mais on y reviendra un peu plus tard…


Et sinon, comment s’en sortent les jeunes protégés de Direxiv en GP2 ? Ben ce n’est pas terrible on va le dire. Faisons rapidement un bilan de leur saison. Hormis une victoire opportuniste lors de la course sprint au Nurburbring (où pas mal de favoris étaient KO dans les premiers tours), Clivio Piccione n’a pas brillé tout au long de l’année, bien aidé par son équipe qui n’est pas au niveau des meilleures. Il se classe 15e du championnat. Scénario identique en ce qui concerne Olivier Pla, qui a signé tout de même deux victoires (manches sprint de Silverstone et Hockenheim). A part ça, le toulousain a montré quelques difficultés à s’adapter à la monoplace. Il termine 13e au classement final. Enfin, Yoshimoto ne connait pas plus de réussite dans l’ensemble malgré une seconde place à Magny-Cours.


Pla (au premier plan) et Piccione: deux pilotes couvés par Direxiv, mais courant dans deux équipes différentes (©LAT Images)

Concernant leur programme en Super-GT, pas grand-chose à dire, les résultats sont moyens. La Direxiv Motorsport termine 10eet dernière parmi les teams ayant participé à toutes les courses en catégorie GT-300…


Mais finalement, cela n’a pas trop d’importance pour la compagnie nippone qui, une nouvelle fois, ne manque pas de grosses ambitions pour 2006.


©httpinish.cocolog-nifty.com

Au plus près des étoiles ?


Retournons avec le partenariat avec l’équipe McLaren-Mercedes : l’annonce est officialisée en février 2006. Résultat : le nom de Direxiv apparaît sur les pontons avant de la monoplace anglaise. De plus, les deux entités vont créer le« Direxiv Dynamic Wellbeing Program », en d’autres termes un programme fitness dirigée par Aki Hintsa, elle-même physiothérapeute de l’équipe olympique de Finlande. Le projet d’une seconde équipe McLaren avec l’appui de Direxiv prend forme, et pourrait débuter dès la saison prochaine, en 2007, chapeau!


La Mclaren MP4/21 de 2006, les lgos de Direxiv ne sont pas visibles sur cette photo (©?)

Dans le même temps, le pilote-essayeur de Williams, Alexander Wurz, est nommé ambassadeur de la compagnie nippone, avec un rôle de coach pour les jeunes poulains. Et à la fin du mois, c’est au tour de notre Jean Alesi national d’être nommé comme responsable délégué, ou pour faire simple, ambassadeur de la compagnie en sport-auto.



Alesi et Haga (blog Joest-F1)

Passons aux choses sportives, outre Yoshimoto, Pla et Piccione qui restent toujours dans le giron Direxiv, un nouveau venu s’ajoute à la liste de ce qu’on pourrait appeler la Direxiv Academy : l’allemand Maro Engel. A une échelle moindre, plusieurs pilotes ont un contrat de sponsoring avec la société nippone, dont un jeune prodige nommé Lewis Hamilton.


Pour les équipes, Direxiv s’est alliée avec Carlin afin de caser Maro Engel en F3 Britannique. Etant donné que l’équipe de Trevor Carlin engage 4 voitures, le jeune pilote allemand sera l’équipier d’Oliver Jarvis, Keiko Ihara et de Christian Bakkerud. Le programme en Super-GT est maintenu, toujours avec l’appui de R&D Sport. Mitsuyama est désormais épaulé par Nobuteru Taniguchi tandis que la Vemac est désormais équipée d’un moteur Honda afin de gagner en compétitivité.


Maro Engel va débuter en F3 Britannique (©LAT Images)

En GP2, c’est la montée en puissance : accord avec le David Price Racing pour former le DPR Direxiv. Bien évidemment, ce sont deux protégés de la société japonaise qui piloteront pour la team, à savoir Piccione et Pla. Pour autant, celle-ci ne délaisse pas pour autant Yoshimoto, toujours chez BCN Competition, et sponsorise l’écurie ART, où pilote Lewis Hamilton…


Nouveauté principale dans ce programme : les débuts en Formula Nippon avec à nouveau le soutien technique du David Price Racing. Shogo Mitsuyama sera le pilote titulaire pour cette saison.


©Passion for Power

Voilà, on a fait le tour du programme sportif, on peut dire que Direxiv est présent un peu partout dans le monde du sport-automobile, sur la piste et en coulisses. Reste à voir comment avancera le projet d’une future équipe en F1 avec McLaren…



Et ça fait « crash » !


Quand la FIA a ouvert les candidatures pour une nouvelle équipe de F1, c’est pour une entrée dans la discipline à partir de l’année 2008. Mais comme on l’a écrit au-dessus, la future équipe Direxiv + McLaren pourrait être prête dès 2007. Le problème, c’est qu’elle est confrontée à d’autres candidats : à savoir Prodrive, Carlin (oui, la même équipe dont Direxiv s’est alliée pour la F3 Britannique) ou encore à l’ancien boss de Minardi : Paul Stoddart. Ensuite, cette alliance anglo-nippone souhaite s’engager avec d’anciennes monoplaces McLaren. Or, le règlement précise que chaque équipe doit concevoir ses propres châssis (bien que la FIA a fermé les yeux sur le cas Super-Aguri ou Toro-Rosso !) et donc, l’idée de recycler les voitures de la saison précédente n’est pas tolérée. Malgré la pression et l’insistance (voire le lobbying) de Ron Dennis, rien y fait, les autres postulants et les équipes déjà établies en F1 (Williams pour ne pas le citer) grognent, et la FIA reste inflexible face à cette idée.


Et le coup de grâce apparaît au mois d’avril 2006 quand Prodrive est choisi pour être la douzième et nouvelle équipe de F1 pour l’année 2008. Déception pour Direxiv, nouvel échec pour McLaren. Néanmoins, cela n’empêche pas Prodrive de contacter le constructeur britannique pour s’associer dans son projet !


Un montage de ce qu'aurait pu être la "McLaren-Direxiv", illustration de "JM 30", ancien du forum Zone-F1, si jamais tu passes par la... ;)

Quant à Direxiv, tant pis ! Ses ambitions de monter en F1 s’envolent. Et pendant ce temps, dans les autres disciplines, ce n’est pas la joie hormis en Super-GT où la Vemac à moteur Honda s’impose dans la catégorie GT-300 à Okayama et signe un podium sur le circuit de Sepang !

En GP2, la situation est tout autre, la team DPR Direxiv est à la peine, les moteurs cassent à tout va et les pilotes sont souvent dans les mauvais coups. Seule une quatrième place de Piccione à Monaco sauve le tableau. Le bilan n’est guère meilleur pour Naoki Yoshimoto hormis une troisième place lors de la course-sprint d’Imola. Mais ça, ce n’est rien comparé à ce qu’il va se passer par la suite…




L’empire s’effondre


A partir de l’été, tout part en cacahuète : plusieurs sources affirment que les équipes sponsorisées par la société japonaise n’auraient pas été payés par celle-ci, et ce, depuis plusieurs mois. En fait, depuis le projet avorté d’une nouvelle équipe de F1 avec McLaren, il semblerait que Direxiv ait perdu tout intérêt d’investir davantage en sport-auto. En réalité, la société japonaise rencontre des soucis financiers, révélés au mois de juillet. Vrai ou pas, on peut dire que la FIA a eu le nez creux en sélectionnant Prodrive comme nouvelle équipe de F1.


Certains disent que Direxiv a rage-quit après sa non-sélection pour la nouvelle équipe de F1, ce qui'est surement pas faux !

Et puis, durant le même mois, c’est la fin des haricots : Direxiv se retire totalement du sport-auto, celle-ci ne peut plus honorer ses engagements sportifs et financiers (il parait que Shin Akiyama est endetté…). Conséquence de tout ceci : les programmes sportifs sont bouleversés, le nom de la compagnie est retiré sur toutes les équipes impliquées. DPR continuera quand même seul sa saison de GP2, mais le programme en Formula Nippon est arrêté avec effet immédiat.


Programme en Formula Nippon arrêté après 4 courses pour le DPR-Direxiv (©Formula web gallery)

Pour les pilotes couvés par Direxiv, ce n’est pas non plus la joie, mais Yoshimoto gardera son baquet chez BCN jusqu’à la fin de la saison. Pour Olivier Pla, l’aventure chez DPR se termine après Magny-Cours, faute de moyens pour survivre jusqu’à la fin de la saison. Il sera remplacé par le russe Vitaly Petrov. Un temps menacé également, son partenaire Clivio Piccione sauve sa saison en trouvant du budget personnel pour finir la saison…Quant à Maro Engel, pas de soucis, Carlin lui renouvelle sa confiance en British F3 jusqu’à la fin de l’année.


Déjà bien mal embarqué depuis le début de saison (accident à Monaco lui blessant le poignet), Olivier Pla doit céder son volant à mi-saison après que Direxiv s'est envolé... Aucun point marqué pour le toulousain en six manches. (©LAT Images)

De manière assez étrange, seul le programme Direxiv Motorsports en Super-GT reste maintenu, du moins jusqu’au mois de aout. Pour leur dernière sortie, la Vemac-Honda remportera dans sa catégorie lors des 1000km de Suzuka, au moins l’aventure se termine sur une bonne note. Après ceci, la R&D Sport, qui exploite également une autre Vemac cette saison, reprend la voiture, les pilotes et une partie du personnel pour boucler la saison.


D’une société obscure à gros sponsor, Direxiv a franchi les étapes d’une manière très rapide :…pour mieux s’écraser en moins de trois ans, un magnifique bilan, n’est-il pas ?





Avant l'arret du programme Super-GT, La Vemac du Direxiv Motorsport s'imposait à Suzuka et restait le lice pour le championnat des teams en GT-300 (TeaCup) l


Le nom de Direxiv disparaît pour de bon en 2007. Quant à Misato Haga, la directrice (soi-disant) de la branche motorsport, elle refait une apparition en Super-GT la même année, avec un rôle majeur dans d’autres équipes, avant de se retirer quelques temps après…


Liens-sources:


Archives crash.net et grandprix.com

F1i Mgazine et F1 Racing magazine

http://joestf1.blogspot.com/2016/02/direxiv-la-fin-avant-le-debut.html

https://web.archive.org/web/20060625184515/http://eng.direxivmotorsport.com/direxiv/index.html

https://plaza.rakuten.co.jp/sidecar/diary/200608040000/




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